Jean-Pierre Andrevon – Le travail du furet

Honnêtement, je n’ai acheté ce livre que pour sa couverture.

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Dans mon ignorance crasse, je m’attendais à un livre tout nouveau tout beau – le roman a été édité en 1983. Sa réédition, que j’ai lue, date de 1990.

Le travail du furet s’accomplit dans un Paris futur, dont on visite plusieurs quartiers en espérant n’avoir jamais à y mettre les pieds. L’angoisse et le pessimisme s’accompagnent d’une violence des actions et des mots.

Le furet, c’est un tueur. Ca ne lui fait ni chaud ni froid, d’ailleurs, de massacrer des gens à tour de bras. Il le fait parce que c’est son travail. Et personne n’est à l’abris : les riches, les intellos, les pauvres (quelle division sociale étrange). C’est chez les pauvres qu’on le voit à l’oeuvre en premier, dans ce qu’il appelle la Nécrozone.

De toute façon, même quand il ne pleut pas, l’atmosphère de la nécrozone est perpétuellement empéguée par des odeurs de mauvaise graisse recyclée et autres saloperies qui brûlent, elle est perpétuellement enfumassée par des matières non cramables qui crament dans toutes les cours et même en pleine rue, par les rejets de ceux qui essaient de synthétiser de l’alcool à boire pour en faire du carburant à bagnoles et du carburant à bagnoles pour en faire de l’alcool à boire, elle est noire des vapeurs qui montent des cuves à gaz de merde ou à biomasse de déchets.

La nécrozone a atteint le point crucial de la ménopause.

Le furet, c’est aussi un grand fan de vieux films américains, d’ailleurs on dirait presque que c’est son unique système de référence. Il est même un peu snob :

Ronald Reagan avait été un bon second rôle, dans les années 1940 et 1950. (…) Bien sûr, cette rue pouilleuse n’avait pas été appelée ainsi à cause de la carrière de l’acteur, mais parce que celui-ci avait été bien plus tard président des Etats-Unis, un peu avant le grand crash. Mais à cette époque Errol Flynn était mort, et John Wayne, et tous les autres, et on ne faisait plus que des films merdeux.

Il s’habille comme un héros de ses films : Borsalino sur la tête et Bogart sur le dos. Détail qui cloche, les armes. Arme à feu, couteaux (un Bowie), explosifs. Pour accomplir sa tâche, il a besoin de toutes ces armes.

La profil psychologique du héros est passionnant : il est franchement détestable. Déconnecté des meurtres qu’il commet, qui s’ils ne sont pas des crimes, sont quand même des tueries – parfois des boucheries, il est aussi déconnecté socialement. Pas vraiment d’amis. Sa compagne, il semble content de la voir, mais se désintéresse d’elle assez rapidement, et ce jusqu’à ce que la tragédie frappe.

C’est une conspiration, évidemment.

Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai compris. C’était à la fois énorme et dérisoire. C’était à la fois tellement machiavélique et tellement débile que je doutais encore de ma découverte. Mais pourquoi pas ? Qui nous gouverne, si ce n’est un ramassis de débiles machiavéliques ?

Et du coup, comme tout le livre a été plutôt sanglant, notre héros se fait un Bruce Willis, doublé d’un Schwartzenegger :

J’ai laissé tomber la Kalach et la soufflante, j’ai sorti le 44 de son étui et je me suis lancé vers O’Neil.

Je lui ai dit :

– O’Neil, je vais t’enculer.

Je ne vous dis pas comment ça finit parce que ça gagne à être lu, les amis : ce livre n’a pas pris une ride !

Et pour la cerise sur le gâteau, petite bio de l’auteur dont le parcours l’a notamment mené dans les pages de Charlie Hebdo.

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