Etienne de la Boétie – Discours de la servitude volontaire

La Boétie avait dix-huit ans quand il a écrit ce texte, apparemment fondateur – nous y reviendrons. Avant toute chose, je veux attirer votre attention sur la couverture du livre, en édition Librio Philosophie :

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Le chien enchaîné, Simon de Vliegher

On y voit un chien, domestique et enchaîné, vieux et accoutumé à son état : ça donne le ton.

Côté lecture, on fait face à un texte court, mais dense. Les phrases sont longues, le vocabulaire daté et les formules bien de leur époque. Difficile à lire, donc, pour qui n’a pas la volonté de se plonger dedans. Mais heureusement, je suis là ! Et je vais tout vous divulgâcher.

L’idée principale du texte, selon la quatrième de couverture, est de chercher “dans les comportements individuels les causes de la tyrannie.” Quand j’ai décidé de lire ce texte, je me posais la question suivante : comment peut on choisir la servitude en connaissance de cause ? Est-ce qu’un être humain peut décider de perdre sa liberté, et si oui, quelles en seraient les raisons ?

Et si la Boétie répond tout à fait, je suis restée sur ma faim.

Explication à l’aide de morceaux choisis.

[…]c’est un extrême malheur d’être sujet à un maître, duquel on ne peut jamais assurer qu’il soit bon, puisqu’il est toujours en sa puissance d’être mauvais quand il voudra ; et d’avoir plusieurs maîtres, c’est, autant qu’on en a, autant de fois être extrêmement malheureux.

Vous ne vivez pas dans une grotte, vous avez entendu parler du débat sur le partage des données avec les autorités. A cause des terroristes, il faudrait donner accès à de nombreuses autorités accès à nos photos de vacances et fichiers de vidéos coquines.

Un des arguments pour consiste à dire : “je n’ai rien à cacher.” Ce qui m’inquiète plutôt, c’est que l’on donne accès à notre vie privée à des institutions (gouvernementales et privées), en partant du principe que ces institutions nous veulent du bien. Et c’est exactement cette bienveillance dont je ne suis pas du tout certaine.

Pareillement, La Boétie ici souligne que la bienveillance du dirigeant n’a rien d’un acquis. Et plus on a de dirigeants, plus on court le risque de se faire entuber par quelqu’un.

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Malin, le p’tit gars.

La Boétie explique ensuite que le peuple choisit souvent lui-même son propre maître, hissant quelqu’un qu’il aime à ce poste. En effet, il promeut celui qui s’est montré excellent soldat, ou excellent administrateur. Pour La Boétie, c’est une mauvaise idée :

[…]je ne sais si ce serait sagesse, de tant qu’on l’ôte de là où il faisait bien, pour l’avancer en lieu où il pourra mal faire[…]

Ce principe, où l’on prend un type qui fait bien son travail, et on lui offre une promotion en récompense, jusqu’à ce qu’il se retrouve bloqué parce qu’il a atteint son niveau d’incompétence, s’appelle le Principe de Peter.

Laurence J. Peter, c’est un pédagogue canadien, qui a fait sensation en 1970 en publiant son livre, le Principe de Peter, dans lequel il dit que :

Dans une hiérarchie chaque employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence[…]avec le temps chaque poste tend à être occupé par un employé qui est incapable de s’acquitter de ses fonctions[…]Le travail est accompli par les employés qui n’ont pas encore atteint leur niveau d’incompétence.

Pour toute personne ayant travaillé au sein d’une entreprise, c’est tragiquement d’actualité. Mais comme vous le voyez, on ne peut pas vraiment parler d’idée nouvelle, car la Boétie l’avait dit en 1548. Un bon point pour la Boétie et Peter.

Jusqu’ici, je suis avec la Boétie à cent pour cent. Il examine les raisons pour lesquelles le peuple ne se rebelle pas contre le pouvoir qui l’oppresse, en citant l’incertitude de la vie en dehors de la société :

[…]je lui permets qu’il aime mieux je ne sais quelle sûreté de vivre misérablement qu’une douteuse espérance de vivre à son aise.

(Merci, c’est gentil.) En gros, les gens sont en état de servitude parce qu’ils ont trop peur d’essayer d’être libres.

Mais pour La Boétie, en fin de compte, et c’est là le fond de son raisonnement, le pouvoir n’existe que parce qu’il est donné au tyran. Et c’est là où je deviens un peu mitigée.

[…]et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien[…]

Là, je n’accroche plus. Genre, la solution c’est juste de s’asseoir par terre et de refuser d’obéir ? Mais dans la vraie vie, le tyran va te mettre une arme sur la tempe vite fait, histoire de te calmer et surtout de s’assurer que tu n’inspires pas tes petits camarades.

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Lui, on ne l’a jamais retrouvé. Mort ? Vif ? On ne connaît même pas son nom.

C’est une jolie image, mais combien de types se sont fait assassiner pour leur refus d’obtempérer ? Pour avoir essayer d’endiguer un tyran sans prendre les armes ? Notez que je ne préconise surtout pas l’attaque, mais je m’interroge sur l’efficacité du truc.

Combien de mouvements pacifiste ont réussi à bouter un tyran hors de sa fonction ?

Non, sérieusement, combien ?

En fait, beaucoup.

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L’exemple le plus connu est l’éclatement du bloc soviétique. Mais il y en a eu d’autres ! Antiques, plus récents. Retrouvez plein d’exemples ici. Bon, moi qui étais certaine que c’était impossible, me voilà bien ennuyée. Un point pour La Boétie.

Et il enfonce le clou :

D’où a-t-il pris tant d’yeux, dont il vous épie, si vous ne les lui baillez ?[…]Comment a-t-il aucun pouvoir sur vous, que par vous ?[…]vous vous affaiblissez, afin de le rendre plus fort et roide à vous tenir plus courte la bride.

Merci pour la culpabilisation. Et l’éloquence. Vient ensuite la grande citation du texte, celle qui sert d’étendard à toute la démonstration :

Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres.

Bam. Comme si c’était de la magie. Si soudain on ne veut plus de hiérarchie au-dessus de nos têtes, on peut la faire disparaître.

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Il est bien conscient d’un petit point de détail pour que ça fonctionne, sa révolution pacifique (qu’il n’appelle ni révolution ni pacifique, d’ailleurs) : il faut que tout le monde se mette d’accord. Il ne faut pas un Tank Man à Tien An Men, il en faut des milliers. Et pour lui, c’est possible grâce à la communication.

la naturenous a donnés à tous ce grand présent de la voix et de la parole pour nous accointer et fraterniser davantage, et faire, par la commune et mutuelle déclaration de nos pensées, une communion de nos volontés[…]

Et la Boétie ne pouvait pas imaginer l’évolution de la communication.

Comment, presque 470 ans plus tard, la communication entre êtres humains est au centre de notre vie. Cette hyper-communication qui nous gouverne – car oui, la photo Facebook du premier caca du petit Timmy, ou l’Instagram consacré aux dessins dans la mousse du café, c’est de l’hyper-communication – ne nous empêche pas de nous engueuler.

Au contraire, de la même façon que d’avoir plus de dirigeants donne plus de risque que l’un d’eux nous exploite, plus de modes de communications n’a pas du tout amélioré notre entente.

Pour moi, c’est donc un argument défectueux.

Et puis il continue sur sa lancée, en utilisant un argument très typique de son époque, où l’on pensait que l’homme était doté d’une nature : l’humanité. Et que cette dernière avait une liste bien précise de composants qui séparait l’homme de l’animal.

[…]quel malencontre a été cela qui a pu tant dénaturer l’homme, seul né, de vrai, pour vivre franchement, et lui faire perdre la souvenance de son premier être et le désir de le reprendre ?

Je remarque que ‘seul l’homme est né pour vivre libre‘. Quand on parle des boeufs je dis pas, mais essayer de dresser une panthère ou un crocodile. Ou pire ! Un chat. Tout le monde sait que les chats ont domestiqué les humains, et pas l’inverse. Et tout détenteur de chat qui pense le contrôler se fourre le doigt dans l’oeil sévère.

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Continuons.

Celui à qui le peuple a donné l’état devrait être, ce me semble, plus supportable, et le serait, comme je le crois, n’était que dès lors qu’il se voit élevé par-dessus les autres, flatté par je ne sais quoi qu’on appelle la grandeur, il délibère de n’en bouger point[…]

Encore une idée toujours d’actualité : le pouvoir serait corrupteur. Ca fait un peu devoir de philo au bac, ça. Le pouvoir est-il corrupteur ? Vous avez quatre heures.

Il n’est pas croyable comme le peuple, dès lors qu’il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise, qu’il n’est pas possible qu’il se réveille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu’on dirait, à le revoir, qu’il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude.

La c’est intéressant, parce qu’on trouve un parallèle à l’idée du pouvoir corrupteur : la servitude corruptrice. Que l’on puisse se complaire dans la servitude est une idée qui me révolte, franchement ; mais je lis cet essai précisément pour essayer de la comprendre. Alors, réfléchissons-y.

Attention : grosse tangente.

Prenons une relation, saine, BDSM. Nous avons là un couple dont les membres choisissent – parfois juste sexuellement, parfois dans toute leur vie de couple – d’établir un équilibre précis où un des membres est décisionnaire, et l’autre choisit de laisser le contrôle au décisionnaire.

Mais ce n’est pas de la servitude, me direz-vous. On ne peut pas comparer ça à l’esclavagisme, ou l’oppression d’un peuple par un dirigeant peu scrupuleux ou corrompu.

Et vous aurez parfaitement raison !

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Le mécanisme qui m’intéresse, c’est la volonté. Car une véritable relation BDSM, établie par deux adultes consentants, repose sur une confiance absolue des deux partenaires l’un envers l’autre. Le submissive se met dans des positions ou situation où son partenaire pourrait vraiment lui faire mal, et lui fait confiance de ne pas dépasser certaines limites pré-établies. Le dominant, lui, doit savoir que son partenaire saura communiquer efficacement ses limites. Pour que la relation fonctionne, il faut donc un intéressant cocktail de self contrôle et de confiance en l’autre.

(J’espère que je n’ai pas égratigné de sensibilité et perpétué de mythes débiles sur ces relations. Si oui, dites-le-moi, et je change direct avec d’abjectes excuses.)

Alors : qui a vraiment le contrôle dans une relation de confiance mutuelle ? Personne, vraiment.

On rejoint ce que dit La Boétie : quand quelqu’un prend le contrôle de quelqu’un d’autre, c’est avec l’accord de celui qui est contrôlé. Dans son raisonnement, un accord malsain, mais réversible, car refuser d’obéir est reprendre le contrôle.

Je trouve toujours l’argument un peu foireux : d’accord pour les révoltes et révolutions, mais les victimes de l’esclavagisme n’ont pas réussi à se libérer simplement en annonçant, que, oh, c’est fini ces histoires, moi je ne joue plus à ce petit jeu, hein.

Voilà, fin de la tangente.

Alors, pourquoi les gens se mettent-ils en position de servitude volontaire ?

[…]la première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume[…]

En gros, quand on est habitué à quelque chose, qu’on est né dans un certain contexte, peut-être que ses parents étaient dans le même délire, eh bien on y reste. Par flemme, par confort, par ignorance.

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Attention ; inter-textualité :

Dans Le Prince, que je suis en train de lire pour la suite de ces posts littéraires, Machiavel dit :

[…]dans les états héréditaires et accoutumés au sang de leur prince, on a bien moins de difficultés à maintenir le principat que dans les états nouveaux, parce qu’il suffit de ne pas déroger aux institutions de ses ancêtres puis de composer avec les accidents[…]

En gros, si ça a toujours été comme ça, à moins de se foirer, il n’y a pas de raison pour que ça change.

La Boétie continue ensuite l’analyse, et regarde de plus près les effets de la servitude volontaire sur plusieurs personnes, à commencer par les victimes de cette servitude.

[…]mais les gens asservis, outre ce courage guerrier, ils perdent aussi en toutes autres choses la vivacité[…]

Car se mettre au service d’un autre rend tout mou. Ce qui expliquerait l’absence de révolte. Il explique ensuite qu’il est très débile d’être content que le tyran donne au peuple, comme par exemple le faisait les romains. Très débile, car :

Les lourdauds ne s’avisaient pas qu’ils ne faisaient que recouvrer une partie du leur, et que cela même qu’ils recouvraient, le tyran ne leur eût pu donner, si devant il ne l’avait ôté à eux-mêmes.

C’est vrai que, dit comme ça, c’est ballot. Mais bon, le ton de La Boétie est un peu supérieur, quand même. J’imagine qu’il était trop au-dessus de tout ça pour payer des impôts ?

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Je dis ça, parce que du Moyen-Âge à la Révolution Française, c’est un triple impôt en France :

  • l’impôt royal (perçu au profit du Trésor royal);
  • l’impôt seigneurial (impôt local perçu au profit des seigneurs);
  • l’impôt d’Église (perçu au profit de l’Église) ;

Sans compter l’impôt sur le sel, la gabelle et autres noms que vous avez appris à l’école.

Mais bon, revenons aux romains, perses et autres peuples ‘du temps passé’.

C’est pitié d’ouïr parler de combien de choses les tyrans du temps passé faisaient leur profit pour fonder leur tyrannie ; de combien de petits moyens ils se servaient, ayant de tout temps trouvé ce populas fait à leur poste, auquel ils ne savaient si mal tendre filet qu’ils n’y vinssent prendre ; lequel ils ont toujours trompé à si bon marché qu’ils ne l’assujettissaient jamais tant que lorsqu’ils s’en moquaient le plus.

Donc les serviteurs sont des lourdauds mous, et les tyrans sont des mesquins moqueurs. La Boétie était un homme sachant dire les choses avec finesse.

Mais attention, gros tacle :

Les tyrans mêmes trouvaient bien étrange que les hommes pussent endurer un homme leur faisant mal ; ils voulaient fort se mettre la religion devant pour garde-corps, et, s’il était possible, emprunter quelque échantillon de la divinité pour le maintien de leur méchante vie.

La religion comme garde-corps du pouvoir, certes, c’était courant chez les peuples anciens, mais aussi du temps de La Boétie – et il est parfaitement conscient du parallèle. Mais ce qui est incroyable, c’est que c’est loin d’être une pratique résorbée. Je ne pourrais pas faire de liste de pays ayant une religion d’état, ce serait trop long. Le coup du dirigeant investit du droit divin, c’est un classique de la prise de pouvoir.

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Je me demande ce que Machiavel dit à ce sujet.

[…]comme elles sont régies par des raisons supérieures, hors de portée de l’esprit humain, j’éviterai d’en parler : élevées et maintenues par Dieu comme elles le sont, il y aurait de la présomption et de la témérité à le faire.

Bon. Parlons donc des forces armées des tyrans, alors. Ils ont bien souvent des gardes à l’entrée de leurs palais : leur pouvoir se repose-t-il sur ces derniers ?

Qui pense que les hallebardes, les gardes et l’assiette du guet gardent les tyrans, à mon jugement se trompe fort ; et s’en aident-ils, comme je crois, plus pour la formalité et épouvantail que pour fiance qu’ils y aient.

La Boétie explique ensuite que les gardes servent surtout à empêcher l’entrée des châteaux aux gens mal habillés, et qu’ils représentent en plus un danger, car historiquement, ce sont plutôt eux qui mettent fin aux tyrans.

Historiquement, il a plutôt raison. Quand on cherche ‘dictator killed by his security’, on trouve en premier résultat Nicolae Caucescu (Roumanie), en deux Park Chung Hee (Corée du Sud), et en trois Muhammar Kadhafi (Lybie).

Cela dit, on ne pourrait pas dire non plus que le danger d’une force armée est trop grand pour le tyran qui devrait s’inquiéter d’une possible traîtrise. Le danger de zéro force armée me semble encore plus grand.

Mais pour La Boétie, de toute façon, le problème pourrait être simplement qu’un tyran attirera à lui la fange de la société (à mettre en parallèle avec Machiavel, qui estime qu’une principauté acquise par la force ne peut pas durer).

[…]dès lors qu’un roi s’est déclaré tyran, tout le mauvais, toute la lie du royaume, je ne dis pas un tas de larroneaux et essorillés, qui ne peuvent guère en une république faire mal ni bien, mais ceux qui sont tâchés d’une ardente ambition et d’une notable avarice, s’amassent autour de lui et le soutiennent pour avoir part du butin, et être, sous le grand tyran, tyranneaux eux-mêmes.

Retenons tout d’abord de cette citation les insultes : “tout un tas de larroneaux et essorillés” a un petit je-ne-sais-quoi de charmant.

Et puis, un deuxième petit détail : La Boétie semble penser que la république empêche les méchants de faire des méchancetés. Si vous me lisez depuis les confins de la République Française, normalement, ça vous fait marrer.

Mais de toute façon, vivre en servitude, sous les ordres d’un tyran, c’est abject. C’est une perte d’identité terrible :

Ce n’est pas tout à eux que de lui obéir, il faut encore lui complaire ; il faut qu’ils se rompent, qu’ils se tourmentent, qu’ils se tuent à travailler en ses affaires et puis qu’ils se plaisent de son plaisir, qu’ils laissent leur goût pour le sien, qu’ils forcent leur complexion, qu’ils dépouillent leur naturel[…]

J’aurais aimé qu’il explore plus cette perte d’individualité dans la servitude et le service, mais ce n’est qu’une toute petite partie de sa démonstration.

J’aimerais quand même extrapoler un peu sur cette pensée. On pourrait, par exemple, lier ça au port de l’uniforme. Qu fait que l’homme doit parfois sacrifier son individualité pour le bien de la masse. C’est une idée qui fait tourner la Corée du Sud, par exemple. On s’attend à ce que la personne s’écrase plutôt que de porter préjudice au groupe – et de trahir le groupe. En quoi est-ce vraiment différent de ‘dépouiller son naturel’ pour le tyran ? Peut-on vraiment dire que ‘le groupe’ est plus bienveillant que ‘le tyran’ ?

Ou alors, on peut se pencher sur Machiavel. Encore lui !

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La Raison d’état, n’est pas exactement ça, que le besoin de l’individu doit se plier face au besoin du groupe et que donc, par extension, on peut massacrer quelques types pour sauver tout un peuple.

Cela est-ce vivre heureusement ? cela s’appelle-t-il vivre ? est-il au monde rien moins supportable que cela, je ne dis pas à un  homme de coeur, je ne dis pas à un bien né, mais seulement à un qui ait le sens commun, ou, sans plus, la face d’homme ?

La Boétie, je suis bien d’accord avec toi.

Et attention, à venir, jolie phrase et joli concept. Surfant sur le délire du tyran dont les hommes ne sont que des pourritures qui s’en iront le trahir à la première occasion, La Boétie ajoute que ces derniers n’ont pas d’amis.

L’amitié, c’est un nom sacré, c’est une chose sainte ; elle ne se met jamais qu’entre gens de bien, et ne se prend que par une mutuelle estime ; elle s’entretient non tant par bienfaits que par la bonne vie.

Pauvres tyrans tout seuls.

[…]entre les méchants, quand ils s’assemblent, c’est un complot, non pas une compagnie ; ils ne s’entraiment pas, mais ils s’entrecraignent ; ils ne sont pas amis, mais ils sont complices.

On verserait presque une larme pour eux.

Bref, nous voici à la fin des extraits du texte que j’ai sélectionnés. Ca nous permet d’avoir pas mal vu ce qui se dit dans l’essai, et d’avoir une bonne idée de la démonstration de La Boétie.

En fin de compte, est-ce que j’ai appris pourquoi on choisissait le service plutôt que la liberté ? Oui, certainement, mais j’ai l’impression qu’il manche bien d’autres choses. Parfois, le service est un sacrifice pour protéger quelqu’un qu’on aime, ou un endroit auquel on tient.

Et ça, ça ne peut qualifier ni de faible, ni de manque d’imagination, ni de ridicule. C’est un mal pour un bien, et c’est complètement une autre histoire.

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