Victimisation de l’étranger

Aujourd’hui, j’ai lu un de ces énièmes articles qui racontent les difficultés des femmes étrangères qui vivent en Corée du Sud. Ce papier raconte les difficultés qu’encontrent les femmes d’Europe de l’Est qui épousent des Coréens.

La plus célèbre des épouses étrangères, une française : Ida Daussy.

Le papier m’a tellement énervée que je me suis transformée en dragon. Il est vrai que je suis personnellement concernée par ce genre de choses.

Une étude du New York Times révèle que 14 % des personnes mariées en Corée le sont avec un étranger. Ils n’étaient que 4 % en 2000. Parmi ces 14 %, nombreuses sont les jeunes femmes venues d’Europe de l’Est.

Okay, d’accord. A noter toutefois que la plus grande partie des mariages internationaux en Corée le sont avec des personnes d’autres pays d’Asie. Parce que ce que ne dit pas l’article, c’est quel pourcentage de ces 14% sont d’Europe de l’Est.

Donc au lieu de raconter des conneries, on peut avoir envie de connaître les vrais chiffres des immigrées du mariage en Corée du Sud? Voici un papier académique sur le sujet, dont les données datent de 2005-2006. Voici un article sur le même sujet, citant la même étude que France 24, il creuse un peu plus le sujet:

By country, China formed the largest group of foreign wives with some 52,000, including ethnic Korean Chinese. Vietnam came next with 20,942, followed by the Philippines with 7,601, Japan with 5,949 and Taiwan with 2,043. Foreign brides have also come from Mongolia, Thailand and Russia. 

On est bien loin du ‘nombreuses sont les jeunes femmes venant d’Europe de l’Est‘, elles n’ont même pas le droit au Top 5. Elles sont donc probablement en dessous de 2 000 personnes. Pour référence, et je cite le Consul de France en Corée du Sud: “La population française en Corée se situerait donc aux alentours de 2300 Français.” En Corée du Sud, il y a 48 955 203 habitants.

Revenons donc à l’article de France 24, sublimement à côté de la plaque, et incroyablement énervant:

Les situations comme celle de Mashanova sont un phénomène tellement répandu en Corée qu’une émission leur est consacrée à la télévision, “L’amour en Asie”. Elle décrit la manière dont ces jeunes femmes vivent et les obstacles qu’elles peuvent rencontrer. Le programme est tellement populaire qu’il a fêté son centième épisode.

Je ne sais pas de quel programme ils parlent, je n’ai pas trouvé de référence à ce sujet (peut-être ai-je mal regardé?). J’imagine que ça doit être cette émission qui m’enrage, dont on me parle trop parce que je suis une étrangère qui vit en Corée : “미녀들의 수다” (Minyeodeului sooda, soit “Talking with beauties”) qui est une infâme bouse masturbatoire pour permettre aux Coréens de s’auto-féliciter de l’incroyable mixité de leur population.

Comment ça, je vais trop loin en disant parlant de masturbation? Allez faire un tour par ici pour une douche froide. (via koreabang)

Pour être honnête, l’article que nous observons aujourd’hui sous-entend que la culture Coréenne est uniforme. D’ailleurs, ça dérange notre héroïne :

Ce qui lui manque le plus, c’est la nourriture : “Le pain me manque. Je déteste les sashimis et je lave toujours le kimchi (choux épicé) avant de le manger.”

Alors, tu vois, si je suis, dans la forme, d’accord avec Norberte, le gros problème que j’ai avec ce genre d’histoire, c’est qu’il ne s’agit pas au fond d’un problème culturel.

Et si tu épousais quelqu’un ayant une foi différente de la tienne, serais-tu capable d’accepter que cette personne vive selon ses propres préceptes? Un couple d’amis de ma famille tient bien. Lui est pasteur, elle est athée.

Et si tu étais orphelin, et que tu épousais quelqu’un qui ne l’étais pas, serais-tu capable d’aller manger le dimanche chez tes beaux-parents? Si ton partenaire vient d’une famille où l’enfant est roi, et tu viens d’une famille où ce n’est pas le cas, lequel de vous deux va se murer dans le silence et détester les pressions de sa nouvelle vie? Le problème n’est pas culturel. Il est simplement exacerbé à cause des différentes cultures.

Le pain te manque? Il y a une super recette de pain à faire dans le cuiseur à riz, dont je suis certaine que ta maison est équipée. Allez, j’te mets la recette en bas de cet article. Moi, c’était plutôt les yaourts. J’ai donc dans ma maison une yaourtière. Expatriation ne veut pas dire désert de ta culture d’origine.

Tu n’aimes pas le kimchi? Mais personne ne te force à le bouffer! Et si on te le fait manger par force – mais que fais-tu ici? Je ne mange pas de riz. J’ai gentiment expliqué que ça me rendait malade. Ma belle-mère n’oserait jamais me forcer à en manger. Et parfois, je dois expliquer la même chose, encore et encore, parce que ce n’est pas courant.

Une collègue de travail est végétarienne, une autre ne mange pas de fruits de mer – elles sont toutes deux coréennes. Elles ne sont pas la majorité – et alors? L’immigration n’est pas une chose facile, mais il est inutile de se murer dans des prétextes à la con pour faire la princesse et jouer les victimes par paresse.

Et tant qu’on y est : on te regarde bizarre dans la rue parce que tu es blanche? C’est normal! Tu es physiquement différente. S’il y a une pomme verte dans un bol de pommes rouges, l’oeil naturellement ira vers ce qui est pas comme le reste. Ce n’est pas du racisme, et personne ne pense que tu es un animal.

J’en ai rencontré, ici, des couples internationaux. Une tendance se retrouve dans tous les couples en échec : un des deux partenaires a complètement abandonné sa culture et adopté celle de l’autre. Ceux qui réussissent ont créé un mélange de deux cultures au fur et à mesure des obstacles, des différences, des zones de confort.

En ce qui me concerne, je veux bien jouer le jeu. Je mets le front contre le sol face à une table recouverte de plats pour ‘saluer les ancêtres’. Je m’incline pendant deux heures dans un temple lors d’une cérémonie en l’honneur de la grand-mère. J’offre à mes aînés des termes respectueux que parfois ils ne méritent pas. Je ne râle pas quand on se sert dans mon paquet de cigarettes sans me demander.

Mais tu ne me feras pas bouffer de médecine traditionnelle, n’essaie pas de me faire croire que la soupe de poulet est un médicament, et je ne veux pas manger ta soupe épicée pour chasser l’alcool de mon système. Je veux bien passer mes vacances avec ta famille, mais pas toutes mes vacances. Le vieux, là, qui m’a insultée dans la rue, ce n’est pas un respecté ancêtre, c’est un gros con raciste. Le chef d’équipe qui force tout le monde à rester plus tard le soir au travail parce que les chiffres sont mauvais dernièrement n’a pas le moindre concept d’efficacité et fait preuve de stupidité. Je pense que l’obsession nationale pour l’apparence physique est malsaine, que socialement le retard est immense. Je me fous royalement de vos équipes de baseball. Je suis française, mariée à un coréen. Je ne veux pas être coréenne. Je ne suis pas coréenne. Je ne serai jamais coréenne.

C’est prétentieux de ma part, j’en suis consciente, mais pour la jeune femme dont cet article de France 24 parle, j’ai un conseil : ‘assimilation’ ne veut pas dire se retrouver dans une vie qu’on déteste. Tu te crées tes propres problèmes et tu es la seule à pouvoir t’en sortir.

Commence par cette recette de pain facilement faisable en Corée.

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