Pascal Nègre : de l’art à la vente

Article datant de 2008…

Invité pour une conférence dont l’intitulé expose une réflexion sur l’avenir des maisons de disques, Pascal Nègre ne fait pas dans le détail. La maison de disques, c’est sa maison. En l’occurrence, le géant Universal, premier vendeur de musique dans le monde.

Internet, c’est l’avenir. Un avenir déjà bien encastré dans le présent, puisque selon le Grand Maître Pascal Nègre, le digital représente 20% des profits d’Universal. Une masse considérable de ventes, mais inférieure au Japon ou aux Etats-Unis, les deux modèles. Qu’importe, en France la musique n’est vendue par Internet qu’à hauteur de 15%, donc Universal est bel et bien en avance sur son temps.

Pascal Nègre est un peu le cowboy de la vente de musique. A défaut de mater des troupeaux de vaches, il démonte les jeunes musiciens de la télé-réalité au sein de l’émission PopStars. Avant même que la question soit posée, il explique qu’il croit en la valeur artistique d’un tel procédé, ajoutant : « sur PopStars, on ne te demande pas de te mettre des plumes dans le cul et de faire le dindon. » Argument qui peut tout à fait être rejeté, mais peu importe ; Pascal Nègre monologue avec ses interlocuteurs avec la force de l’habitude.

Face à une telle attitude, il est impossible de ne pas recevoir le message de ce personnage à la présence forte. Son discours est constellé de phrases choc, séduisantes, légèrement vulgaires et à la portée de tous. Pourfendeur du téléchargement illégal sur Internet, il sait revenir aux questions les plus simples que ce débat a un peu oublié : « pourquoi irais-je acheter un produit gratuit ? »

Le prix de la musique

Aujourd’hui, malgré son combat hargneux envers le téléchargement illégal, une lutte « qui doit rester le socle de notre développement », Pascal Nègre envisage d’autres moyens de rentabiliser la création musicale. Et c’est un paysage artistique à l’asiatique – ou à l’américaine – qui se dessine. A l’heure actuelle, Universal travaille à faire autoriser le placement de produits dans les clips musicaux. Une façon de faire de la publicité qui pourrait rapporter gros. Sans parler de l’endorsement, cette technique commerciale qui consiste à associer un artiste à une marque, que Pascal Nègre admire visiblement.

L’autre solution, qui commence déjà à apparaître, est de créer des partenariats avec la téléphonie. Une démarche simplifiée puisque la maison mère d’Universal (Vivendi) vit de ses activités téléphoniques. Universal envisage donc des abonnements qui permettraient de télécharger de la musique par le biais de son téléphone portable. Les vieux de la vieille, qui estiment qu’un téléphone portable sert essentiellement à communiquer, n’ont qu’à bien se tenir.

Mais contrairement aux espoirs de certains, notamment dans la communauté artistique, Pascal Nègre ne pense pas que l’avenir de la maison de disques se situe dans « le spectacle vivant ». Or, un artiste ne gagne qu’en moyenne 5% sur un album. Le pourcentage est bien plus intéressant pour les concerts. Interrogée à ce sujet, Sabina Sciubba, chanteuse du groupe Brazilian Girls, précise : « oui, on ne gagne quasiment rien sur les CDs. Ceci dit, tu ne peux pas faire des tournées en permanence. »

De l’autre côté du miroir

Pascal Nègre l’affirme avec beaucoup de conviction : « je suis un producteur, et fier de l’être ». Et de soutenir que son travail consiste à trouver les paroliers, compositeurs et musiciens appropriés pour ses artistes, comme dans le cas de Nolwenn Leroy. Et de profiter pour rappeler qu’en France, deux tiers des albums vendus sont Français, ce qui constitue une « exception culturelle libérale ».

Il ne précise pas que les artistes français anglophones en font les frais. Pour éviter que le débat prenne trop grande ampleur, il s’en sort avec une de ces pirouettes qu’il maîtrise si bien : « On ne peut pas sous-titrer les chanteurs ». Bref, le quotidien de Pascal Nègre est celui d’un artiste ; « un travail de coach » qui consiste aussi à pousser les musiciens qui peuvent mieux faire, comme dans le cas de Noir Désir.

Ce n’est presque pas sous-entendu : sans l’idée de génie de Pascal Nègre de faire enregistrer le groupe en prises live (tout le monde en même temps, au contraire de chacun son tour, la procédure habituelle), jamais le son de Noir Désir n’aurait rencontré autant de succès. « C’est pour ça qu’on a des droits voisins des droits d’auteurs : parce qu’on est au cœur de la création. » A force de ne pas vouloir devenir tourneur, Pascal Nègre est devenu manager et co-auteur. Heureusement qu’il n’a le salaire ni de l’un, ni de l’autre.

Depuis, Pascal Nègre s’est illustré sur son compte Twitter, en postant le très mal senti “Avec Georges Moustaki c’est une des dernières légendes, artiste et poète, qui disparaît ! Ses plus grands succès sont chez Universal ! RIP” à l’occasion du décès de l’artiste.

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