Sid au pays des Sushis

~ L’ignorance toujours est prête à s’admirer. ~

Nicolas Boileau

« Yoshiki fait de la musique ? Je ne savais pas.» X Japan, le monstre du Visual Kei, l’énorme machine à sous, la preuve de la rentabilité du décès d’un de ses membres… Pour la plupart des japonais, ce n’est qu’un nom. Hide, oui, ils connaissent. Le personnage, la musique, l’histoire. Par contre, X Japan est une référence générique des musiciens, au même titre que l’on pourrait citer les Beatles ou Radiohead en France. A Tokyo, 10 millions d’habitants, dont peut-être 2 millions de musiciens, se partagent deux références musicales : les Sex Pistols et X Japan.

Kouichi et Yoshitsugu (Alcana) à Shinjuku, by JRA

Kouichi et Yoshitsugu (Alcana) à Shinjuku, by JRA

Pourquoi ? Eh bien, les japonais ont la mémoire courte. Comme le souligne Kouichi, batteur du groupe post-rock Alcana, alors que je m’étonne de leur absence d’intérêt pour l’histoire de son registre musical : « nous n’aimons pas regarder en arrière. » La culture musicale qui nous est si chère en Occident n’a que peu d’importance au pays du Soleil Levant. Ce qui compte, c’est la force de l’image projetée. Ce peut être celle d’X Japan et de ses délires mélodramatiques entrelacés de solos archi-techniques ; ça peut aussi prendre la forme des Sex Pistols. Il ne faut pas négliger l’influence au Japon de Sid Vicious et de la reine d’Angleterre.

Que fait Elisabeth au Japon ? Tous les magasins un peu rock’n roll, et ils sont nombreux, proposent au moins un T-shirt commémorant les punks anglais. Sexy Dynamite London a fait de la reine d’Angleterre une de ses effigies. Les magasins diffusent du Sex Pistols. « Anarchy in the UK » fait figure d’hymne underground. Sid est partout, de tous les produits dérivés. Sid s’insinue sur les habits, dans les oreilles, parfois même sous la forme de bijoux en tous genres. Sid est comme Hide, un mort qui vit encore. Un mort qui vend beaucoup.

Beaucoup de japonais sont fascinés par le mythe Sid Vicious. Peut-être est-ce parce que leur structure sociale rigide leur fait rêver de révolutions anarchiques. De fait, on trouve des références au Sex Pistolsdans toutes les strates musicales nippones. Par exemple, Shiina Ringo, la plus populaire des rockeuses, et Tomoyasu Hotei, un autre monstre du rock nippon, ont tous deux fait des références explicites à Sid Vicious dans leurs chansons.

Ce phénomène est encore plus flagrant dans le Visual Kei. Cela peut aller de l’allusion potentielle : le nom du groupe Sidfait irrémédiablement penser au bassiste maudit des Sex Pistols. D’autres références sont plus explicites, comme au sein du groupe Buck-Tick, dont une des chansons de l’album Mona Lisa Overdrives’appelle « Sid Vicious On The Beach ». Le groupe le plus obsessionnel vis-à-vis du personnage est sans conteste Dir En Grey, dont le leader est un fan absolu. Pas moins de trois titres de leur longue discographie mentionnent Sid Vicious : « Jessica », « Hydra » et « / ».

Pourquoi tant de passion pour Sid ? Quelle caractéristique de ce musicien a pu autant plaire aux Visualistes ? Sid Vicious n’a jamais été réputé pour la qualité de son jeu, à l’inverse des Visualistes qui ont tendance à tomber dans le défaut inverse : être trop technique au détriment de l’expressivité. Sur le spectre musical, Sid Vicious et les Visualistes sont antithétiques.

Le magasin de la marque Sexy Dynamite London à Harajuku

Le magasin de la marque Sexy Dynamite London à Harajuku

Par contre, Sid et les Visualistes se recoupent dans leur recherche d’une certaine esthétique. En effet, Sid Vicious, à défaut de maîtriser son instrument, était incollable sur le look Punk. Personne n’a su faire aussi Punk que lui sans l’imiter. C’est même lui, selon ses propres dires, qui aurait inventé le Pogo. Pour devenir le Punk ultime, les japonais l’ont bien compris, il suffit d’étudier Sid, de reproduire son mode de vie et ses choix esthétiques.

Les Visualistes ont pour but de créer une imagerie propre à l’idolâtrie. De préférence, il faut pouvoir devenir une référence. Pour ce faire, chaque artiste de ce milieu a un concept, qu’il lui soit personnel ou adapté d’un autre musicien. Isshi de Kaggra, porte des kimonos, Miyavi est recouvert de tatouages et bouge à la manière d’un macaque énervé, Reita de The Gazette porte un bandeau sur le nez, Kiyoharu tire la langue et se vêt de tenues dont l’inspiration est hippie, Kyo de Dir En Grey et Kenzi de Antifeminism sont masochistes au point de se faire pisser le sang à chaque représentation.

Dans cette optique, l’influence majeure de Sid Vicious dépend du lien très particulier qui unit les Visualistes à l’image. Ce dernier passe essentiellement par les habits et la coiffure – et donc par la mode.

Harajuku. Le centre des cultures underground de Tokyo.La caverne d’Ali Baba de la mode – de toutes les modes. C’est là que se trouvent les points de vente des designers les plus réputés dans le milieu du Visual Kei. Sexy Dynamite London, Alice and the Pirates, Black Peace Now… Ils sont tous regroupés dans un gigantesque centre commercial, comparable aux Galeries Lafayette en terme de taille, appelé Laforêt Harajuku.

Le néophyte serait pourtant bien en peine d’y trouver un temple à la gloire de la contre culture visuelle. Pourquoi ? Eh bien, ces marques en questions sont pour la plupart regroupées, voire cachées, au sous-sol du centre.

Car le Visual est un style qui reste parfaitement inconnu à la majorité de la population japonaise. Dans la rue, en interrogeant les passants qui se targuent de posséder une certaine culture musicale, on obtient des réponses évocatrices. La grande majorité des japonais ont entendu parler de X Japan – le premier groupe à remplir trois soirs de suite le Tokyo Dome – sans forcément en connaître la musique. Chez les plus impliqués, quelques noms apparaissent dans les conversations : Nightmare, The Gazette, ou Miyavi. Mais inutile de citer un terme technique comme Oshare Kei : seuls quelques boulimiques du genre sauront à quoi vous faites allusion.

L’autre intérêt d’aller à Harajuku est d’y trouver, chaque week-end, le rassemblement des cosplayeurs. Imaginé comme une sorte de Mecque par tous ceux pour qui la culture Visual est véhiculée par le biais d’un écran d’ordinateur, ce rassemblement est franchement décevant.

Imaginez trois pèlerins entre quinze et vingt ans assis par terre à côté de la station de métro, habillés à l’image d’une star ou d’un personnage de manga – pour les plus reconnaissables. Ils restent assis par terre en attendant que des touristes leurs demandent de prendre une photo-souvenir.

Inutile de leur poser des questions, de tenter de leur demander le pourquoi du comment. Ils n’ont pas de but, pas de concept, juste un look cachant bien souvent une timidité maladive voire un comportement agressif. Ont-ils des problèmes à l’école à cause de leur style, leurs coupes de cheveux ? Oui, mais ils ne peuvent dire lesquels. Peuvent-ils nous recommander des salles bien pour aller voir des concerts ? Ils se battent pour ne pas répondre. Est-ce que les touristes qui viennent les prendre en photo les énervent ? Non, du moment qu’on leur demande l’autorisation de les prendre en photo.

Le plus étonnant, de la part de ces légers marginaux, est le regard qu’ils ont envers vous. Si vous n’êtes pas physiquement identifiables comme étant l’un des leurs, ils vous répondent à la limite de la grossièreté, afin d’ostraciser celui qu’ils accusent de les rejeter. Vous n’appartenez pas à leur monde. Même si vous leur montrez votre intérêt pour leur passion. Et pour la plupart, ils sont incapable de citer, eux aussi, des noms de groupes autres que The Gazette, Nightmare et Miyavi. Sauf qu’ils rajoutent à la liste Malice Mizer. Là où en France nous sommes fiers d’une certaine culture rock à la limite du snobisme, le Visual dissimule ses érudits.

Dans le Visual Kei, nous sommes au cœur d’une culture de l’esthétique et non dans un pôle de recherche musicale. C’est pourquoi énormément d’interviews sont peu concluantes : il est inutile de demander à la plupart des musiciens s’ils ont un véritable concept. Toute question un tant soit peu intéressante obtient soit une réponse élusive, soit la gêne de l’artiste interrogé. Tomonori Nagasawa, journaliste de la première heure du Visual Kei, et qui aurait selon certains inventé le terme (même s’il réfute ces accusations), estime que les artistes ne sont pas habitués à ce qu’on leur pose des questions poussées. C’est pour cela qu’ils ne savent pas y réagir.

Hormis mon expérience personnelle dans le domaine, d’autres journalistes se sont heurtés à l’absence de réaction des musiciens. Par exemple, un rédacteur de Zy 42, a tenté une question intelligente lors d’une interview avec le groupe Nightmare. Voici la réponse qu’il a obtenue (traduit par JAME) :

Zy 42, Décembre 2008

Zy 42 : Je pense que Lost in Blue est une chanson avec des mesures à huit temps et des arrangements simples, mais le développement est plutôt unique en son genre, n’est-ce pas ?
Ruka (Nightmare) : Vous pensez vraiment ?
Zy 42 : Oui, ça commence par une intro puis mélodie A, mélodie A, mélodie B, mélodie A et après un solo de guitare. Puis encore une mélodie B et la mélodie principale est complètement modulée. Cette mélodie n’apparaît qu’une fois mais la modulation continue jusqu’à la fin. Je pense que vous avez crée la mélodie pour que tout le monde puisse comprendre la chanson sans forcément comprendre les paroles.
Ruka (Nightmare) : Euh…
Zy 42 : C’est à dire ? (rires)
Ruka (Nightmare) : C’est juste marrant de voir que vous trouvez des explications à des trucs auxquels j’avais pas réellement réfléchi. Vous pensez trop !

Le journaliste en question aurait dû savoir que la question était une perte de temps. Tomonori Nagasawa pousse même l’analyse encore plus loin : « Les journalistes eux-mêmes doivent se plier à certaines règles. Il est impensable de parler de façon négative d’un artiste. Tu peux faire une critique négative d’un album, si tu souhaites prendre le risque. Mais le lendemain, tu seras viré. » Voilà qui impose une dimension nouvelle au principe d’objectivité.

Le fait est que les observateurs du Visual Kei sont souvent apparentés à des médias pour jeunes, dont une vision méchante serait de dire qu’il y a beaucoup de photos, pas d’articles, quelques légendes. Il n’est pas étonnant que le seul magazine français à avoir fait un numéro spécial Visual Kei est le titre pour adolescents Rock One. Le groupe sanguin des musiciens y est traité comme une information digne d’intérêt.

Mais rendons à César ce qui lui appartient ; on trouve quand même dans cette presse un grand nombre d’interviews. Toutefois, comme dans les autres sphères musicales japonaises, les artistes y apparaissent sans raison convaincante. Ils font la promotion d’un single plus souvent que d’un album ; la sortie d’une nouvelle chanson est vécue comme une victoire artistique. C’est intrigant, surtout qu’on ne fait pas autant de bruit pour la sortie d’un album entier dans les pays occidentaux. Conséquence logique, la plupart des questions des journalistes seront du style : « Comment avez-vous choisi le titre de votre chanson ? » Et les réponses des artistes expliqueront les paroles de la chanson, révèleront pourquoi ils ont choisi tel costume, ou encore pire, dévoileront quelle est leur nourriture préférée.

L’interview est un genre très codifié dans le Visual Kei, qui présente dans ce registre de nombreuses similarités avec la Pop japonaise. A la fin de mon entretien avec Isshi, le chanteur de Kaggra,, il me demande s’il peut rajouter quelques mots. Un peu surprise, je lui dis de se faire plaisir, et rallume mon micro. Que ne fut ma surprise de l’entendre dire : «  Je voudrais transmettre un message à mes les fans français. En Août, c’était notre premier concert en France, mais il y avait quand même 500 personnes. Comme beaucoup d’entre elles étaient de jolies filles, je veux y retourner aussi vite que possible ».

Concert de King à l'Ikebukuro Cyber, Shinjuku

Concert de King à l’Ikebukuro Cyber, Shinjuku, by JRA

C’est à se demander si les artistes n’ont pas des manuels leur expliquant comme faire un message pour les fans : Masato, du groupe The Underneath, disait à l’équipe américaine de JAME en Octobre 2008 : « Cela fait certainement cliché mais, nous sommes réellement heureux de voir que la musique japonaise est si bien acceptée et populaire aux Etats-Unis. Je suis vraiment heureux que nous fassions partie de ce mouvement et j’espère que vous continuerez à écouter de la musique japonaise et à être fan. » En Mars 2009, Teruki du groupe An Café me disait : « Merci de nous accueillir en France une nouvelle fois. On est ravi d’être à Paris. Pour que les fans continuent de nous faire venir, on va faire de notre mieux ce soir ! »

Les artistes français à l’orée d’une brillante carrière au Japon peuvent se demander comment faire un bon message aux fans. C’est tout compte fait assez simple : commencer par remercier le public de son assiduité. Continuer par une déclaration d’amour pour le pays dans lequel on se trouve. Enfin, préciser qu’on ne serait rien sans le soutien des fans. C’est encore mieux si on peut ajouter une touche personnelle ou humoristique, mais pas nécessaire.

Je voudrais en profiter pour remercier tous les lecteurs de ce livre, mes voyages au Japon ont été très enrichissants et j’adore la nourriture japonaise. J’ai rencontré énormément de personnes attachantes lors de mes recherches, toutes m’ont été d’une aide précieuse. Sans leur soutien et le votre, je n’aurai peut-être pas réussi à finir ce projet. Et restez connectés, le prochain livre arrivera bientôt dans votre librairie préférée !

Pikachu fait du Punk

Entretien avec Kenzi (chanteur d’Antifeminism et batteur de The Dead Pop Stars), et Aki (chanteur de The Dead Pop Stars).

Kenzi live avec Antifeminism

L’interview se déroule à Shinjuku, haut lieu de la night-life tokyoïte, dans le bar de Kenzi, à deux rues du bar d’Aki où nous irons après. Dans le bar, des photos de concert, des magasines rock, et des peluches, parmi lesquelles se détachent des Pikachu d’un jaune éblouissant. Kenzi explique : « Quand je jouais en Europe avec Antifeminism, les gens ne connaissaient pas mon nom, ne parlaient pas japonais. J’en ai entendu un dans le public dire ‘pikachu’, alors j’ai répété. Au bout d’un moment tout le monde s’est mis à scander ‘pi-ka-chu !’. Je pense qu’ils croyaient que c’était mon nom.» Kenzi, petit blond recouvert de tatouages, est visiblement l’opposé d’Aki, grand brun paisible. Ils se livrent tous deux à une comparaison entre la scène tokyoïte d’aujourd’hui et celle d’il y a vingt ans.

J’ai trouvé un groupe avec le même nom que vous, The Dead Pop Stars, sur MySpace. Ils sont américains. Tuez-les, je vous en prie, leur musique est atroce.

(rires)

Aki : Quelqu’un m’a parlé d’eux, il y a cinq ou six ans. J’arrive pas à croire qu’ils aient choisi ce nom, Dead Pop Stars. Peut-être qu’ils nous connaissent ? Peut-être qu’ils nous connaissent et qu’ils l’ont fait exprès. C’est un nom que nous avons créé, il est artificiel, alors ils nous connaissent, obligé.

Kenzi, quand as-tu créé The Dead Pop Stars ?

Kenzi : Quand j’avais une vingtaine d’années, j’étais dans ce groupe appelé Kamaitachi, qui a fini par se séparer.

Aki : Ce groupe était énorme !

Kenzi : Et un an plus tard, le six septembre, avec Aki et d’autres personnes, on a créé The Dead Pop Stars. C’était il y a seize ans.

Aki : En 1992.

Et comment fait-on pour jouer ensemble aussi longtemps sans s’entretuer ?

(rires)

Aki : Ah, mais on a des envies de s’entretuer parfois. Et puis on se réconcilie.

Kenzi : Nous sommes tous deux membres fondateurs du groupe. Tu sais, la plupart des groupes se séparent quand ils signent sur des majors. Mais on n’est pas ce genre de groupe-là. J’aime la voix d’Aki, sa façon de chanter, et comme nos personnalités sont opposées, on arrive à continuer de jouer ensemble.

Aki : D’une certaine façon, on comble chacun les défauts de l’autre, il y a un bon équilibre entre nous deux.

Kenzi : Alors nous avons des membres de session à la basse et aux guitares. C’est mieux comme ça, parce qu’ils sont en majorité, alors s’ils voulaient se battre contre nous, on perdrait. (rires)

Mais The Dead Pop Stars ont été créés un an après Antifeminism. Alors, Kenzi, d’où t’es venu le besoin de fonder un autre groupe ?

Aki : Woah, tu as vraiment fait des recherches !

Kenzi : Quand Kaimatachi s’est séparé, nous avions promis de reformer le groupe après une année. Moi, pendant ce temps, je voulais continuer de faire de la scène, jusqu’à ce qu’on rejoue ensemble. Alors j’ai créé Antifeminism, où je chante.

Et est ce que c’est difficile de faire fonctionner deux groupes pendant si longtemps ?

K: C’est probablement ce qui me rend différent d’autres gens. Je n’envisage même pas de faire autrement, et je ne me laisse pas abattre. Si tu aimes jouer de la batterie, si tu aimes chanter, tu te bats. Il y en a qui abandonnent, mais je n’ai pas ce genre de problème. Si c‘était le cas, je finirais probablement dans le mur.

Et au moment de la création des deux groupes, à quoi ressemblait la scène musicale japonaise ?

Aki : Le mot Visual Kei n’existait pas. On appelait ça “Iro-mono” (ce qui est différent, ndlr).

Kenzi : Les groupes prenaient deux ou trois heures de préparation avant chaque concert. Comme Shishima (personnage traditionnel japonais, NdT), il prenaient grand soin de leur apparence. Dans leur sillage, l’esthétique colorée est devenue à la mode. Et beaucoup d’entre eux partaient en tournée nationale. C’étaient des groupes Indies, ils s’entraînaient à tourner.

Qu’est ce que ça veut dire, « s’entraîner à tourner » ?

K: Les groupes d’aujourd’hui ne tournent pas, parce que ça coûte trop cher. A l’époque, par contre, même si ils étaient dans le rouge, les groupes bougeaient beaucoup. C’est comme ça qu’ils s’entraînaient, et je pense que c’est aussi ce qui les a rendus populaires.

Mais si tout le monde était aussi indépendant, comment est ce que ça fonctionnait financièrement ?

A: On poussait les gens pour qu’ils viennent nous voir en concert. C’est comme ça qu’on survivait.

K: Aujourd’hui les jeunes groupes se contentent de jouer cinq fois par mois au même endroit. Bien sûr, il y a des exceptions, mais peu.

Ces jeunes groupes ont tendance à tourner dans le même cercle en permanence. Ils sont même exclus du reste de la scène musicale. C’était différent au début ?

A: Parfaitement.

K : Puisque le concept de Visual Kei a été mis en place, les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus qu’à l’imiter. Il n’y a plus de message derrière. Avant, on avait un feeling en plus du maquillage.

Mais c’était aussi une mode à l’époque.

K: Bien sûr que c’était une mode, comme tout dans le rock’n roll. Mais on l’a façonnée à notre manière.

A: Et surtout, ce qu’on faisait à l’époque n’était pas cool.

Alors c’était la prolongation du Punk ?

A: Ah. En effet.

K: Ces groupes du début étaient probablement inspirés par les punks.

Les désir de t’exprimer différemment et montrer que tu refuses de t’adapter à la façon générale de faire les choses.

A: Oui, c’est exactement ça.

K: « Je suis moi, je suis unique. » C’était un sentiment très fort à l’époque.

Dis-moi, Kenzi, il paraît que tu as eu des soucis avec le nom Antifeminism quand tu tournais en Europe.

K: Antifeminism implique quelque chose de très vulgaire en Europe, non? Que les femmes ne jouissent pas, ou quelque chose dans le genre. Tu sais, j’ai eu aussi beaucoup de problèmes là bas quand j’ai utilisé le signe nazi en Europe.

Eh bien, les implications historiques de ce signe sont encore très présentes. C’est marrant, parce que cette utilisation de symboles est vraiment similaire au Punk.

K: Sauf que maintenant, c’est plus tellement du Punk. C’est commercialisé.

Mais le contexte n’est plus le même.

K: Oui, mais les musiciens à l’époque ne faisaient pas de la musique pour devenir des stars. Ils jouaient parce qu’ils en avaient simplement envie. Aujourd’hui, ils jouent du rock dans son concept généralisé. C’est pour ça qu’ils n’arrivent pas à sortir de la boîte.

Merci à Yusei Ota pour la traduction.

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