Interview : Sporto Kantès

Il est rare qu’une interview soit de ces souvenirs qui font rire. Et pourtant, Sporto Kantès, les talentueux clowns d’électro libre, sont le genre de personnes avec qui on passerait bien une soirée, de préférence avinée. Même s’il est parfaitement impossible de contrôler quoi que ce soit en leur présence. A commencer par l’interview.

Benjamin Sportès : Attention, tu vas voir, nous en interview, on fracasse tout. Nan, tu vas être étonnée, vraiment. Et puis à l’image, on colle, hein, pile-poil. Fais un cadrage avantageux… Voilà. On peut commencer.

C’est pas votre première interview, vous n’êtes pas des débutants … Combien d’années d’activité, alors ?

Benjamin Sportès : Dix ans ! Enfin, d’activité musicale, ça fait 25 ans.

Nicolas Kantorovwicz : Ouais, dix ans. 98. Onze ans même.

Alors, quand on joue une musique comme la vôtre, qui englobe un grand nombre de styles, est-ce qu’on ne touche pas tout particulièrement une génération qui se nourrit musicalement sur Internet ?

Benjamin Sportès : Tu veux dire une musique de geeks, quoi. De nerds.

Nicolas Kantorovwicz : Ouais, bien sûr ! Moi je suis à fond sur Internet, de toute façon. Pour moi, Facebook, c’est un travail à temps complet. C’est mon fanzine, j’déconne pas.

Benjamin Sportès : Moi, sur Twitter je mets les notes d’humeur !

Nicolas Kantorovwicz : Moi j’suis un digger ! Tu sais ce que c’est un digger ? Je déterre ! On est des déterreurs ! Toutes les vieilles vidéos par exemple, je les mets en ligne. Alors, du coup, j’ai plein de potes qui viennent voir, et leurs potes à eux…parfois je reste trois heures à alimenter.

Ah, vous êtes les flooders sur Facebook qui balancent des vidéos toutes les heures…

Nicolas Kantorovwicz : Toutes les cinq minutes ! Non, toutes les trois minutes ! Le meilleur, c’est des vieux trucs punks de 77 vraiment très rares.

Benjamin Sportès : Les trucs obscurs, c’est sa spécialité.

Nicolas Kantorovwicz : Ou sinon des bandes annonces de films des années 60, 70… Ou des trucs plus intelligents, genre des interviews de William Burrough. J’aime bien chercher des vieilles pépites. Après on s’en sert, d’ailleurs.

Benjamin Sportès : Des interviews de Salvador Dali. Ex-cep-tion-nel. Tu tapes « Salvador Dali » et tu regardes ses interviews : c’est exceptionnel de logique dans sa folie.

Nicolas Kantorovwicz : Je vais t’expliquer : grâce à la banque d’image qui est mise à ta disposition – c’est quand même extraordinaire – j’ai trouvé un film qui s’appelle « Comme les anges déchus de la planète Saint-Michel », qui est un reportage qui a été fait en 78 sur les zonards. Maintenant, le réalisateur l’a mis lui-même en plusieurs parties sur YouTube. Du coup je vais chercher dans les égouts, je les remonte à la surface pour des gens qui n’auraient pas forcément trouvé seuls. On fait pareil avec la musique, en gros.

Voilà ! On va quand même parler de musique. J’aimerais savoir-

Nicolas Kantorovwicz : On se sert beaucoup d’internet. J’envoie souvent des liens, en lui disant, « choppe l’intro ! » ; « choppe les voix ! »… C’était quoi d’ailleurs le dernier film ?

Benjamin Sportès : C’était « White Zombie ».

Nicolas Kantorovwicz : Voilà, j’y pense et je lui envoie. Et comme lui il peut mieux ripper – il a le logiciel à la maison – ça va plus vite.

C’est du piratage, ça.

Nicolas Kantorovwicz : Oui. …Euh, non, pas du piratage, parce que ça fait partie du domaine public, « White Zombie ».

Benjamin Sportès : Ah bon ?

Donc Nicolas, t’es le fouilleur, et toi, Benjamin, tu es quoi alors ?

Benjamin Sportès : Je suis le fabricant, moi. Lui c’est le fournisseur, moi je suis le fabricant.

Nicolas Kantorovwicz : Oui, tu as bien résumé. Parfois ça s’inverse, je peux fabriquer et il peut fournir. Mais le vrai truc principal, c’est ça, si on veut globaliser l’histoire.

Justement, parlons de ça. Au bout de ce micro il y a 20 000 personnes. Donnez leur envie de courir vous voir sur scène.

Benjamin Sportès : On ne peut pas vendre notre sauce, c’est pas possible ! « Achetez une Twingo, achetez une Twingo ! » [le titre Whistle a servi de BO pour une pub Twingo] Il faut écouter le bouche à oreilles, surtout. Les gens qui vous diront que c’est bien – ou pas. Faites votre propre opinion. La meilleure promo qu’on ait pu faire, c’est de créer notre propre style.

Pourtant c’est vraiment tendance en ce moment de se vendre.

Benjamin Sportès : Bien sûr, nous on aimerait bien que ça marche encore mieux, mais …

Nicolas Kantorovwicz : On n’est pas des putes ! …J’ai rien contre les prostituées, hein.

Benjamin Sportès : On a discuté avec un gars qui bossait dans une agence de pub. Il avait des idées pour nous, il y avait des phrases slogans, pleins d’autres trucs. Et en sortant du restaurant, après cette discussion là, on se disait, mais comment est ce qu’on va assumer tout ça finalement ? Même si c’était super drôle d’en parler, on a rebondi sur plein d’idées.

Nicolas Kantorovwicz : Tu sais quoi ? Pour les gens qui viennent nous voir, je vais leur dire un truc, moi. Une phrase magique. « Spirit of Seventeen Seven ».

On est vraiment dans le punk, là. Surtout quand on voit ce qui est écrit sur ton T-Shirt, Nicolas.

Nicolas Kantorovwicz : « Home Fucking is Killing Prostitution ! » Notre but, c’est juste de faire avec des machines les conneries qu’ils faisaient en 77.

Benjamin Sportès : 77 c’était l’année ou le punk a été médiatisé, mais ça existait bien avant ! Depuis déjà 74 ! Y’avait eu un canard qui mettait tout le monde dans le punk, Lou Reed et les autres ! Et il a fallu que tout à coup ce soit médiatisé, et qu’on dise « c’est ça le punk », alors que le punk, ça a toujours existé, et on savait même pas ce que c’était ! C’était juste des gens qui faisaient ce qu’ils voulaient ! Donc 77 on s’en branle. Ce qui compte, c’est « Forever ». « Home Fucking is Killing prostitution, » eh, montre le t-shirt, là !

Nicolas Kantorovwicz : Voilà ! Et « Home taping is killing music » is bullshit, you know ? It’s bullshit, et Madame Albanel, toi… et Sarko…voilà. [Gestes censurés]. Tu couperas, hein.

Bien sûr.

Benjamin Sportès : On avait dit qu’on était de droite, t’es super-chiant. T’arrives pas à rester à droite !
Vous êtes des artistes de droite ? Pourquoi ?

Benjamin Sportès : Parce que, on ne sait plus trop ce que c’est, la droite et la gauche, du coup on s’est dit, allez, on va être à droite, comme ça on sera sûrs qu’il y a un peu de tout.

Nicolas Kantorovwicz : Arrête de dire des conneries, toi.

Je ne comprends plus rien de ce que vous racontez.

Benjamin Sportès : Mais c’est ça, le punk !

(Initialement publié sur Zikkadict)

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